La matinée a commencé par une immersion en petits groupes au cœur des enjeux forestiers avec la Fresque de la forêt animée par Fibois. L'occasion de rappeler à quels points les enjeux forestiers sont à la fois économiques, sociaux et environnementaux.



La séance de plénière a permis de faire un tour des différentes missions des acteurs de la forêt, des outils, accompagnements et financements qu'ils peuvent proposer aux collectivités. Vous pouvez retrouver les supports de présentation ICI

Olivier Renault (IPR-ARB) et Sophie Dedieu (IPR-AREC), sont revenus sur les chiffres de la forêt francilienne, ses fonctions, les menaces liées au changement climatique (avec depuis 2023 la menace incendie) et l'état de l'intégration des enjeux forestiers au seins des documents de planification (seulement 3,7% des actions).

Clara Goosaert et Olivier Bertrand, de la DRIAFF, sont revenus sur la répartition du foncier forestier et les interlocuteurs compétents pour une collectivité en fonction du type de forêt présent sur son territoire.

Elodie Migot, du Conseil régional d'Île-de-France, nous a présenté la Stratégie Régionale Forêt-Bois, en particulier son acte 2, qui fixe des ambitions à l'horizon 2030 pour développer la bioéconomie, l'innovation et lutter contre le changement climatique. Cette stratégie est soutenue par plusieurs financements et aides, dans le cadre de projets favorisant la gestion écologique des forêts et la construction biosourcée.

Julien Auvert, des Collectivités forestières d'Île-de-France, a expliqué le rôle crucial des élus référents forêt-bois, première étape du développement d'une ingénierie locale et d'une intégration de la forêt dans les documents d'aménagement. Les Collectivités forestières d'Île-de-France peuvent ainsi aider les collectivités à se saisir des enjeux de valorisation et de construction-bois, à maitriser leur foncier grâce à l'observatoire du foncier forestier, et demander une mise sous régime forestier.

Juliette Faivre de l'ONF a d'ailleurs montré l'intérêt pour les collectivités de choisir progressivement une mise sous régime forestier, et plus généralement les accompagnements techniques personnalisés que l'ONF peut co-construire avec les collectivités. L'ONF développe également une banque des graines pour préserver la biodiversité génétique des peuplements forestiers.
Catherine Desportes, de Fibois Île-de-France, est venue présenter le pacte bio-sourcé de Fibois qui cherche à favoriser l'intégration du bois local dans la construction en accompagnant promoteurs, bailleurs sociaux, collectivités et aménageurs. Des diagnostics de territoire sont également proposés, et Fibois facilité la mise en relation avec les professionnels et la formation des équipes.

Les participants ont ensuite eu la chance de découvrir quatre initiatives franciliennes en faveur de la transition écologique qui mettent la forêt au centre de leur préoccupation.
Julien Sneck, de l'EPT Plaine Commune, a exposé la stratégie de construction bois de la collectivité, qui n'a pourtant pas de surface forestière. Pour répondre à l'objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre dans la construction, l'EPT s'est tourné vers le potentiel du bois. Ainsi le PLUi local comporte des engagements pour identifier les possibilités de recours à des matériaux biosourcés et géosourcés. Plusieurs OAP favorisent cette intégration, par exemple avec une obligation d'intégrer des menuiseries en bois. Le bois permet d'ailleurs de répondre aux nouvelles réglementations, en lien avec le lancement à venir d’un troisième programme de renouvellement urbain (ANRU 3). En 2021 l'EPT a fait le choix de signer le pacte construction-bois de Fibois, et dispose maintenant d'un référentiel aménagement soutenable qui est imposé à tous les porteurs de projets. Dans le cadre du pacte Fibois, tous les équipements dont l'EPT a la maitrise d'œuvre doivent intégrer une composante bois. Le secret de Plaine Commune ? Un fort soutien politique qui permet de dégager sur le temps long une politique cohérente et exigeante.
Charlotte Picard, de la ville de Rosny-sous-Bois, a également misée sur le bois pour faire de la commune un exemple en termes d'innovation biosourcée. Grâce à une ré-internalisation des compétences ce sont sept équipements qui ont été réalisés sur les dix dernières années, dont des écoles. L'objectif de la ville est d'avoir le bois le plus local et écologique possible : aurevoir les résineux, adieu la colle chimique et bonjour le bois choisi directement sur pied à la source (dans un rayon de cent kilomètres maximum), assemblé grâce à des techniques de pointe testée en laboratoire et sur chantier expérimental. Le bois est donc choisi en fonction des opportunités et son usage est pensé en fonction de sa qualité pour perdre le moins possible de matière première. La mécanisation a été réduite grâce au débardage à cheval notamment, couplé à de la taille sur site et l'appel à une scierie mobile pour réduire les déplacements. Le laboratoire et le chantier expérimental permettent de tester des types de matériaux et de construction très innovantes (au point de ne pas être encore réglementées). De nouvelles technique ont donc été élaborée, ce qui a demandé une forte acculturation des équipes techniques, et malheureusement peu de concertation en raison des délais serrés des chantiers. Un autre écueil est l'absence de filière bois locale bien structurée. Les opérations ont donc un léger surcoût par rapport à la construction « classique » mais c'est sans prendre en compte les performances sociales et environnementales exceptionnelles des projets. Surtout, l'internalisation de la maitrise d'œuvre permet de faire de grandes économies (jusqu'à 4000€ de moins par m2) tout comme la participation aux appels à projet de l'Ademe sur le volet recherche. L'intégration dans des réseaux est aussi essentielle pour obtenir un soutien, c'est pourquoi Ekopolis et la Fabrique des transitions sont des partenaires de Rosny-sous-Bois.
Elodie François de la Communauté d'agglomération Saint Germain Boucles de Seine a mené un projet de sanctuarisation de deux massifs forestiers, en partenariat avec l'ONF. C'est en identifiant la forêt comme essentielle à la qualité de vie du territoire que ce projet a débuté. Constitué de massifs domaniaux la gestion de la forêt revenait à l'ONF. Il a donc fallu que la collectivité signe une convention avec l'ONF. Petit à petit les actions prévues dans les conventions sont devenues de plus en plus ambitieuses. La première concernait le nettoyage et les aménagements cyclables. La seconde a pris un tournant plus fort par la mise en place d'actions de préservation et de renouvellement des essences pour aller vers une forêt « mosaïque » et ainsi faire face au changement climatique. Si les états généraux de la forêt de 2017 ont eu pour conséquence le placement en forêt de protection du massif (régime le plus restrictif) la collectivité n'en est pas restée là. Une autre convention de quatre ans et d'une hauteur de 500 000€ pris en charge à 80% par la collectivité a permis de développer les actions en faveur de la biodiversité : génie écologique, restauration de zones humides, inventaire écologique, suivi, etc. Soixante hectares sont ainsi restaurés chaque année. Si les aménagements forestiers sont parfois décriés par les associations, la CA Saint Germain Boucles de Seine préfère engager le dialogue et en faire des partenaires de remontée d'informations. D'ailleurs une communauté de travail sur la forêt regroupe élus et associations pour réfléchir aux actions à mener. La collectivité a également adhéré à Fibois dans la perspective de développer l'aménagement en bois. La difficulté reste de concilier l'accueil du public et la préservation, les discussions sont toujours en cours sur ce sujet.
Mélanie Cheyssous de la commune de Combs-la-Ville, a pu présenter comment la commune s'est lancée dans un vaste programme d'inventaire et de suivi des populations des espèces forestières, dans l'objectif de connaitre son patrimoine biologique, première étape essentielle avant la mise en place d'action de protection de la biodiversité. Une zone boisée qui n'était pas gérée par l'ONF a été identifée par les services de la commune. Celle-ci était sujette à de nombreuses dégradations, comme des dépôts sauvages, avec des zones humides (bassins, mares) dont l'intégrité était fortement ménacée. C'est pourquoi la ville s'est lancée, forte de ses connaissances acquises sur le milieu, dans un important programme de restauration forestières, avec la réalisation en supplément d'un sentier pédagogique à destination des habitants et l'installation de nombreuses haies sèches pour délimiter les zones acessibles et ainsi limiter les dégradation. Beaucoup d'évènements de sensibilisation sont organisés sur le site, que ce soit pour les scolaires ou pour tous les riverains concernés et intéressés par les enjeux de protection de la forêt.
